L’effondrement de la partie interne, donc non visible de la bâtisse a fusé comme un ultime cri de révolte contre cette manie de peinturlurer et de maquiller ce qui est apparent pour que les supérieurs, ministres ou Président, soient satisfaits de leurs subalternes. Photo : DR.
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Yal mzaweq mel berra, ouach halek mel dakhel? (Ô toi qui es flambant neuf en apparence, quel est ton état à l’intérieur)?

La tragédie du bâtiment effondré à la Casbah, par-delà le “dégagement” du wali Zoukh par les citoyens, est plus éloquente quant à la politique de l’apparat enracinée dans les mœurs des pouvoirs publics.

Le ravalement de façade des bâtiments alentour, effectué à l’occasion de l’inauguration de la mosquée Ketchaoua par Bouteflika, a révélé cette fois non seulement sa teneur hypocrite et trompeuse, mais aussi son versant criminel, puisqu’il y a eu mort d’hommes.

En effet, le bâtiment en question situé dans la Basse-Casbah, d’où les pompiers, intervenant comme toujours au péril de leur vie, sortaient les corps des victimes, mortes ou blessées, arbore une blancheur éclatante, les murs ayant été soigneusement crépis et chaulés avant l’arrivée de la délégation officielle de l’ex-président, il y a juste un an.

Ce vernis, étalé sur la devanture sert évidemment à masquer l’état de délabrement avancé des murs et cloisons internes et ce qui devait arriver a fini par arriver.

L’effondrement de la partie interne, donc non visible de la bâtisse a fusé comme un ultime cri de révolte contre cette manie de peinturlurer et de maquiller ce qui est apparent pour que les supérieurs, ministres ou Président, soient satisfaits de leurs subalternes.

En réalité, et c’est là le drame dans le drame, ces responsables politiques sont tous au courant de la supercherie et jouent le jeu de l’hypocrisie mutuellement partagée.

Il se raconte que Boumediene, lors de l’inauguration d’un village socialiste au milieu des années 70,  a arrêté sa marche, feignant la fatigue. Il a fait mine de se reposer en tenant un arbuste, qu’il a retenu juste avant qu’il ne tombe. L’arbuste, et tous ” ses pairs ” le long de l’allée du village à inaugurer, avait bien sûr été planté la veille.

Boumediene a piqué une colère noire sur cette tromperie, avec cette formule à l’adresse de tous les responsables ” si vous continuez dans cette voie, le soleil ne se lèvera pas sur vous pendant des siècles ! “.

Depuis, Boumediene est mort. Les pratiques de leurre, de maquillage et de démagogie qu’il a dénoncées sont par contre toujours là. On continue devant Dieu et ses créatures à repeindre, à bitumer et à planter à la va-vite. Et au diable la conscience de l’élu et du commis locaux! Et au diable le besoin du citoyen aspirant à un Smig de qualité de vie!

Le ravalement de façades par les responsables locaux est plus difficile à déloger des esprits que les décombres qu’ils ont induits par cette pratique criminelle.

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