Une centaine de manifestants à la Grande- Poste, Alger "Pour que nul n'oublie" le Printemps berbère. Photo : S. El Haddad.
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20 avril 1980, 20 avril 2019, trente neuf ans ce sont écoulés depuis le premier mouvement populaire d’opposition aux autorités depuis l’indépendance du pays en 1962, appelé désormais le Printemps berbère, métaphore d’un éveil tonitruant de la nature insoumise des peuples.

Pour cette année, la commémoration de ce premier soulèvement pour la démocratie, tout comme celui du Printemps noir de 2001, intervient dans une contestation tout aussi populaire mais qui aura gagné tout le territoire national pour un changement radical du système.

Ainsi, le contexte sociopolitique étant différent, les revendications pour ces premiers protestataires d’après-1962, relevaient de l’ordre culturel, identitaire et linguistique, à savoir l’officialisation de la langue amazighe et la reconnaissance de l’identité berbère en Algérie.

De ce fait, ce double anniversaire a été notamment commémoré à Tizi Ouzou, Béjaia, Bouira et Batna où d’imposantes marches et rassemblements pacifiques ont eu lieu “pour que personne n’oublie“, et où les manifestants ont scandé “tamazight, assa azekka, thela thela” (Aujourd’hui et demain, tamazight existera), «Ulach smah …Ulach» (on ne pardonnera pas), ce slogan né sous les répressions du Printemps noir en 2001 qui a mis la Kabylie à feu et à sang, laissant pour mortes 126 personnes. Un dispositif policier a été déployé pour l’occasion à proximité de l’itinéraire des marches dans les différentes villes organisatrices de ce double anniversaire.

Quant à Alger, c’est à la Grande-Poste que plus d’une centaine de manifestants, pour la plupart des femmes et des étudiants, se sont rassemblés dans le calme. Brandissant l’emblème national et celui amazigh, tous les deux symboles de notre identité plurielle, et chantant des chants kabyles de Matoub Lounès notamment, ont appelé à la “poursuite du combat entamé par les aînés” pour “une réelle reconnaissance de tamazight, comme langue officielle et nationale en Algérie“.

Pour ce groupe d’étudiants rencontrés sur les lieux, ” la consécration par la Constitution de la langue amazighe n’est qu’une réponse d’urgence pour calmer les esprits“.

En effet, estimant dans un premier temps comme étant “un tort” voire “une discrimination” le fait de ne pas avoir consacré “la langue arabe et tamazight  dans un même article de la Constitution“, les jeunes étudiants militants de la cause berbère déplorent aussi que ” l’enseignement de la langue amazighe ne soit pas obligatoire au même titre que l’arabe“.

Dans ce contexte, plaidant pour ” l’utilisation du tifinagh (alphabet amazigh) pour l’enseignement de la langue amazighe“,  ils diront refuser ” la transcription latine ou arabe». Appelant ainsi “les spécialistes, chercheurs et scientifiques à ouvrir un débat sur cette question”.

Au demeurant, cette jonction salutaire entre l’aspiration à la justice et à la liberté à travers le mouvement populaire en marche depuis le 22 février dernier, d’une part, et d’autre part le désir de vivre pleinement sa culture, sa langue et sa différence, à travers ce double anniversaire berbère, finira sans doute par s’imposer comme l’unique moyen d’approcher de l’idéal révolutionnaire porté par les aînés mais toujours prêt à se réinventer.

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